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Bébés malformés : "On ne veut pas la vérité dans cette affaire"

 
Il y a 21 heures
 

 

L'évocation d'un possible scandale sanitaire ne cesse de faire réagir. Yannick Jadot, Delphine Batho, et un cancérologue sont notamment montés au créneau.

13 cas de malformation ont été signalés dans trois villes de France© Copyright 2018, L'Obs 13 cas de malformation ont été signalés dans trois villes de France

Pourquoi ? Pourquoi plusieurs enfants sont-ils nés sans mains, bras ou avant-bras dans trois endroits de France -Ain, Loire-Atlantique et Bretagne -, entre 2007 et 2014 ? Aucune cause, y compris environnementale, n'a pu être mise en évidence par les enquêtes des autorités sanitaires. "On n'a pas d'élément démontré pour dire que tel produit est responsable", a notamment affirmé jeudi dernier Jean-Claude Désenclos, directeur scientifique de Santé publique France.

Emmanuelle Amar est tombée des nues, accusant Santé publique France d'avoir commis des "erreurs" de méthodologie. L'épidémiologiste et directrice du registre des malformations de Rhône-Alpes, le Remera, a lancé l'alerte il y a plusieurs années. Pour elle, la probabilité de faire face à une coïncidence est "plus qu'infinitésimale". "On est face à un plausible scandale sanitaire", s'était-elle notamment inquiétée sur franceinfo.

Seul point commun entre les différents cas : le fait que les familles vivent en zone rurale, près de champs. D'où le fait que pour l'épidémiologiste les chances sont grandes que ces malformations soient causées par l’exposition des mères à des produits phytosanitaires, pesticides ou autres, pendant leur grossesse. 

Depuis quelques jours, la polémique ne retombe pas. Qui dit quoi ? "L'Obs" fait le point.

La tête de liste d'EELV pour les européennes, Yannick Jadot, s'est dit "absolument scandalisé par cette affaire". Et l'a fait savoir lundi sur RTL.

"Ce qu'on ne veut pas voir aujourd'hui, c'est qu'il est très probable que ces malformations soient liées aux pesticides, toutes les familles qui ont été touchées par ces malformations vivent à côté des champs de maïs et des champs de tournesol", a assuré le député européen. 

"Il y a un faisceau aujourd'hui de présomptions qui nous dit que ce sont les pesticides qui sont à l'origine de ces malformations", a-t-il ajouté.

"On enlève les moyens des associations qui font le registre des malformations, l'association qui fait ce registre en Rhône-Alpes vit chaque année avec 200.000 euros, la Région vient de supprimer 100.000 euros, on veut casser le thermomètre parce qu'on ne veut pas voir, on ne veut pas savoir", a aussi accusé Yannick Jadot.

"On n'a jamais voulu savoir en France, on ne veut pas faire les études épidémiologiques autour des incinérateurs, autour des centrales nucléaires, on ne veut pas le faire sur les pesticides, parce qu'encore une fois, on ne veut pas savoir", a-t-il encore insisté.

Sur RTL, toujours, le cancérologue Dominique Belpomme a dénoncé, lui, un "véritable mensonge d'Etat" : 

"Il y a des données scientifiques internationales qui prouvent que les pesticides peuvent générer des malformations congénitales", a-t-il également déclaré.

Olivier Véran, médecin et député LREM, a lui aussi réagi, lundi, auprès du "Parisien". 

"Lorsqu’une malformation concerne un seul bras, on exclut la cause génétique et on se tourne vers une cause extérieure",  a-t-il notamment expliqué au quotidien.

Un lien avec les pesticides "très probable" selon Yannick Jadot ? "C’est très compliqué scientifiquement d’affirmer si c’est probable ou très probable", répond Olivier Véran au "Parisien".

"Cette affaire illustre l’émergence des maladies environnementales. On n’en est qu’au début. Il y a encore énormément d’inconnus", poursuit le médecin et député LREM qui réclame "des équipes formées, capables d’intervenir sur site, de faire des recherches et d’assurer un suivi" et rappelle que "cela nécessite des moyens importants." 

L'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho, qui a quitté le PS en mai, n'a pas non plus caché sa colère, ce mardi, sur RMC.

"Cette situation est établie et l'alerte a été lancée depuis 4 ans. Non seulement on ne sait pas, - il y a assurément un facteur environnemental puisque ce qui a pu provoquer ces malformations c'est ce qu'on appelle un tératogène, c'est-à-dire quelque chose qui va transformer les organes du fœtus dans le ventre de la mère -. Donc on ne sait pas, mais surtout on ne veut pas savoir."

"La lanceuse d'alerte, Emmanuelle Amar, a signalé ses observations en 2014. En 2016, comme elle en avait marre qu'il ne se passe rien, elle publie un article, et là elle reçoit des messages pour lui reprocher d'avoir parlé à la presse !", poursuit-elle.

"Et ensuite, en 2018, on liquide l'association qu'elle dirige, le registre qui observe les malformations des enfants. C'est ça qui est hallucinant ! On est en train d'organiser le déni, on ne veut pas la vérité dans cette affaire, c'est ça qui est scandaleux."

L'ex-ministre de l'Ecologie réclame avant tout "un travail scientifique réel" afin de connaître la cause de ces malformations. "Ça renvoie quand même à un problème : où est le ministère de la Santé dans notre pays sur tous les impacts de l'environnement sur la santé ?", a-t-elle aussi lancé.

Après la remise en cause du rapport de Santé publique France, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a affirmé, sur RTL, que les recherches allaient "se poursuivre" et qu'une nouvelle enquête serait mise en place.

C.R. avec AFP